Si j'ouvre les grilles c'est en espoir de bouleversement. Comme la vague remonte le long des brise‑lames, guidée vers la plage et recouvrant les galets. Je ne lutte pas contre le risque et l'effritement des barrières mais prend la courbure de l'écume. Sans défense.
Voyez, mes mains sont liées, ma langue est tranchée et je souris en bon serviteur. Comme vous. Pourtant, je ne serai plus dans mes murs, entravé à la peur du prochain. Je prend d'une main mon cerveau, de l'autre mon cœur et je les donne. Viande crue.
Et il vous les donne, avec la grâce fragile d'un sourire. Car il va sentir maintenant tous les vents le traverser. Les mauvais lui souffleront la désolation et l'aridité du désert de vos êtres. Les bons parfumeront sa chair de parfums de lilas et de sucres doux. Il vibre de vous.
Son horizon dépassera tous les vôtres, il le sent. Il saisit l'infini variété de douleur et de joie. Comme une palette immense ou il mêle l'artifice et la sincérité des sentiments. Il vous aime et il se moque. Il se nourrit de vous et bâtit sa digue sur votre poussière. Face au temps.