Le plus émouvant
Le plus émouvant, c'est la sensation que dix ou vingt ans après, ou plus, le souvenir est vivant de la première amoureuse. Pas elle, mais la couleur du ciel, le reflet de l'oeil, le cognement du cœur à l'approche du baiser, l'effleurement des lèvres. Le cerveau garde tout.
Je repense parfois à ce premier instant, lorsque la vérité rejoignait la découverte dans un éblouissement de crainte et d'abandon. Avant la parole. Et les demi vérités et les francs mensonges. Avant le mutisme. Et la dissolution.
Il pense que l'écriture c'est le moment du premier baiser, réinventé chaque fois. La douleur de la joie. L'abîme et l'ascension. Avant la parole et au-delà du mutisme. Il se voit en plongeur, très haut, la mer est froide et le soleil tape son oeil. Maintenant.
Le plus émouvant, c'est de retrouver au fond de sa mine les cristaux luisants des instants absolus. Et les remonter lentement à la surface du jour. La phrase est trahison mais le cognement du cœur est la mesure. Bien après la dissolution.